mercredi 14 mars 2012

Taxi moment

Hier je monte dans le taxi direction hôpital. Le driver porte une djellaba blanche. Son taco sent la cigarette froide et l'effort d'une journée à conduire sous la pluie. Il me demande si je vais à Changi comme j'ai ma valisette pour la maternité. Je dis que non, je pars bosser. Pour simplifier je dis toujours que je suis nurse sinon on va y passer des heures. Après quelques minutes de silence il me dit. "Bon vous êtes infirmière. Est ce que Madame je peux vous poser une question?" Je sens venir la consultation pour laquelle je ne suis pas du tout qualifiée...

Sa fille a un lupus. Elle est malade, très malade. Il ne sait pas quoi faire. Il bosse comme un malade pour payer ses traitements à base de stéroïdes. Mais ça ne marche pas. Il me dit tout de même, il doit y avoir autre chose non?
Coïncidence, j'ai récemment lu des choses à ce sujet de cette maladie après le décès d'un bébé dont la mère avait un lupus. Et le rôle des déficiences en vitamines et minéraux dans la génération de crises. Au prix d'une hygiene alimentaire irreprochable on peut, paraît-il, arriver à un mieux.

Je lui dit que déjà si sa fille reçoit tous les nutriments nécessaires elle aura un peu moins de mal à se battre contre sa maladie.

Et là il me dit je suis Syrien vous comprenez. J'ai fait des erreurs avec mes enfants. Vous avez vu mon pays? Qu'est-ce que j'ai fait à mes enfants!
J'ai tout d'un coup, une boule dans la gorge.

J'explique un concept simple "manger toutes les couleurs de l'arc en ciel sur une journée" (Eat like a Rainbow) et le principe des aliments raffinés. Que plus un aliment est blanc moins il y a de nutriments dedans. Il réfléchi dur. Il me dit c'est vrai ça, j'y avais jamais pensé! Il me demande de répéter plusieurs fois parce qu'il veut expliquer à sa femme tout à l'heure qu'il faut manger "des couleurs". Je lui dit qu'elle peut essayer aussi des cures de multivitamines un mois sur deux, que parfois juste ça pour combler les déficiences ça peut aider. Il me demande d'épeler m-u-l-t-i-v-i-t-a-m-i-n-e-s. "Et je trouve ça où? Et ça coûte combien?"

Je suis émue.

Je laisse ce grand monsieur que je ne reverrais sans doute plus jamais. J'aurais bien pris de ces nouvelles.

dimanche 11 mars 2012

Interview

Mme Gremichon interviewée sur le blog Paris-Singapore, un fort chouette blog débordant d'info pour les nouveaux arrivés mais aussi les vieux habitués ;-). Merci Mr L.!

mercredi 29 février 2012

Money money money

Singapour est une ville de riche on le sait.
Mes enfants sont parfois atteint par une certaine folie des grandeurs. A force de cotoyer des copains qui touchent 600 sing par semaine ils se demandent pourquoi on galère parfois pour les voyages, à trouver des hotels pas chers et pourquoi on rentre pas en France tous les six mois.
On explique. On ramène la barre vers une certaine normalité (qui reste toutefois subjective quand on habite dans un condo+piscine+helper). Je m'inquiète de savoir s'ils pourront se readapter le jour où on partira dans ma cabane au Canada (avec la neige en plus).

Dans mon boulot la place de l'argent revient sans cesse. On me dit que je gère un business, que je suis une gestionnaire, une manager, une founder. De biens grands mots.
Je ne me sens rien de tout ça. Je vous assure que je gère très mal mes affaires (je ne devrais pas dire ça). Ma comptabilité est quasi inexistante (c'est la panique la veille des impôts ... alors que je ne paie rien parce que je gagne trop peu, ô douce ironie).

Je suis une artisane. J'utilise mes mains, mes oreilles, mon savoir.
J'ai horreur de demander de l'argent. De faire des factures. Il paraît que Freud y trouverait pas mal de choses à dire.

Mais je sors du publique et de l'associatif alors j'ai un peu de mal. Le problème c'est qu'à Singapour (la ville où le business man banker n'hésite pas à kiasu-tuer la fille en birkenstock) ça me joue des sales tours.
Un rendez vous l'autre semaine, le père me parle comme à son business partner. Je le regarde ahurie. Il continue à pianoter sur son téléphone, à prendre des appels. Il se lève cinq fois pour parler haut et fort. La mère s'enfonce dans le canapé, rouge de honte. Bon alors c'est combien ton forfait?
Il aurait pu me demander mon tarif pute... c'était le même ton (je vous choque pas hein?)

Imaginez un peu ma tête quand de parfaits inconnus pensant décrocher le gros lot m'appellent pour demander combien je gagne (c'est bien doula? alors tu gagnes combien par mois?). Ou encore les infirmières qui me prennent de haut parce que "à 1200 le package tu dois te faire un max de thunes!"
Hm. Elles oublient que je ne fais pas, comme elles, quarante, cinquante, soixante accouchements dans le mois.

Si je faisais payer TOUTES les fois où on m'appelle pour un problème en effet je serai peut être riche.
Beaucoup moins sympa aussi.
"Dis moi Sandra pour le sevrage de la petite on fait comment? Euh attend c'est une consult là? Bon alors c'est 40 sing. D'autres questions?"

Mais à force d'être gentille (lire bonne poire) on pense que quelquepart c'est pas du sérieux. J'ai pas encore la plaque dorée "Sage-Femme" devant ma porte.
Alors on s'enerve quand je ne réponds pas tout de suite à un mail. Ou que je ne réponds pas au téléphone dans la minute.
Et surtout on attend que je demande à être payée.
C'est tellement plus facile quand on me dit "Je te dois combien?". C'est tellement plus juste. Parce que dans cette phrase on me remercie déjà un peu.

La logique capitaliste singapourienne poussée à l'extrême (business is business, time is money) clash complètement avec ma façon de repenser le travail. Je perds sans doute un max de thunes. Pourquoi?
Parce que je travaille dans l'humain.
Parce que je tiens des mains, des épaules. Parce que je ne comptabilise pas le temps passé avec une mère dépressive à la minute. Parce que je ne sais pas mettre un prix sur l'examen d'un cordon ombilical où la conversation qui dure une heure quarante cinq parce qu'elle vient d'arriver à Singapour seule, qu'elle attend un bébé et que son mari la trompe.
On me dit que je devrais. Ben moi je vois pas trop comment.

Il fut un temps en France c'était l'echange, le troc, le SEL, l'asso. Remarquez on etaient toutes un peu en limite du burn out. Aujourd'hui je trouve que j'ai une façon assez creative de travailler. Je suis là pour les enfants à la sortie de l'école (même si je pianote pas mal encore). Je ne suis pas dans un bureau. J'ai pu allaiter ma dernière aussi longtemps qu'elle l'a voulu.
Mais ma petite boîte n'a pas pour but ultime la fabrication de toujours plus de petites pièces d'or. Loin de là. Certains trouvent que c'est une erreur. Que je ne profite pas du potentiel enOOOOrme. Que je ne fais pas assez de bruits, de pub, que ce n'est pas assez cher (j'ai baissé tous mes tarifs). Je reçois des mails du genre "dites donc c'est genial votre truc mais vous êtes en bas de page sur Gaggle!".

Alors j'ai décidé que j'en avais terminé avec ce sentiment de mal-faire. D'être sans cesse stressée de pas avoir l'air pro. Ma boîte (j'aime pas entreprise), c'est le bordel. Y a plein de piles. Je sais où sont les papiers environ 95% du temps. Parfois j'oublie des trucs. Mais passer du temps avec une mère et un bébé ça passera toujours avant tout le reste. L'impatience se sera le problème des autres, plus le mien.

En France il m'est arrivé d'accompagner des mamans gratuitement plus d'une fois. Je me souviens d'une jeune femme de 19 ans dans un mariage arrangé. Je venais de loin (metro-bus-metro). Je lui consacrais des heures. Elle qui n'avait pas un rond, mais insistait pour me faire à manger (et elle ne savait pas cuisiner). Elle me faisait un couscous (très salé) avec un poisson frit et elle s'asseyait en face de moi pour me regarder manger.
Son bébé a fini à la DASS.

Je veux juste dire... parfois je voudrais que se soit plus simple ce rapport à l'argent. Et Singapour a une fâcheuse tendance à vous titiller là où ça agace.
So expensive lah!
Mais vous inquiétez pas, je me soigne ;-)


dimanche 26 février 2012

We've been busy...





Entre les répétitions d'Oliver Twist d'Adèle, le basket, l'opération des orteils de Aubin, la préparation de l'anniversaire de la miss, et puis l'agenda chargé de Bibi (Dragon Year démarre sur les chapeaux de roues avec explosion de naissances!), le blog est un peu déserté en ce moment... Il rêve de livres, de plages, de nouveaux voyages, d'un restau bien particulier et de visites qui s'annoncent... pour l'heure en image ça donne ça!