samedi 21 février 2009

Pyjama chinois


Depuis quelque temps je vois de plus en plus de monde en pyjama dans la rue, dans le bus, au mall. Au début je me disais que c'était moi, que c'était sûrement pas un VRAI pyjama mais une sorte de jogging chinois... je me disais de toute façon au temps de Mao zétaient tous en pyjama et puis et puis je suis tombé sur cet article repris dans Today:
http://www.telegraph.co.uk/news/newstopics/howaboutthat/3723539/Chinas-pyjamas-police-fight-Shanghais-daytime-love-of-nightwear.html
La ville de Shanghai veut maintenant inciter ces habitants à porter des tenues décentes. Les affichettes disent quelque chose comme "Stop wearing pyjamas now! or we will chop your head off" (traduction approximative, je ne l'ai vu qu'en chinois). A Singapour j'imagine que quelque chose de semblable ne saurait tarder... et pourtant c'est un comble pour une ville qui se veut si "mode et shopping". D'un autre côté si porter un pyjama chic est un signe extérieur de richesse (cf l'article), on verra bientot le pyjama en soie bonbon sur Orchard... Je rigole, mais n'empêche que les expats se précipitent sur les "ptits pyjamas" pendant les Fairs, (=bourses deluxe sur lesquelles je reviendrai quand j'y aurais mis les pieds ;-)) sorte de petit pyjama classique à rayures ou à petites fleurs liberty... le comble du snobisme quoi... Pendant ce temps là les petits chinois de mon condo mettent leur pyjama superman dans la piscine (je vous assure) et remettent un pyjama sec après le cours de natation ( à trois h de l'après midi).

Pour les férus de pyjamas enfants mimi c'est là (ceux vendus à l'école pour Noël):
http://www.playgroundsg.com/

dimanche 15 février 2009

Eléonore - pour ses fans


Chinese New Year cookies


Désolée pour le manque de posts exotiques du style on a escaladé Mount Faber c'était géniaaaal (y a que les gars du coin qui sont mdr là). Re- un petit post bouffe donc: les fameux treats du Nouvel An chinois. Je sais c'est un peu passé mais qu'est-ce qu'ils mangent comme cochonneries! Entre les bonbons archi-chimiques et le lard de cochon frit et refrit, il y avait une razzia sur les petites boîtes rondes rouges dans les supermarchés (ça et les mandarines). On était intrigué tout de même, les familles repartaient avec parfois dix boîtes dans leur caddy... On a donc testé les cookies du Nouvel An. Comment vous dire, c'est assez intéressant. J'avais un peu peur d'attraper une mélaminite mais passé ma première appréhension, ma foi, ça se mange assez bien, c'est même assez addictif avec un petit côté caramel beurre salé et un gâteau qui fait juste une bouchée parfaite. Ca ressemble à un Spritz pour ceux qui connaissent ce fameux petit gâteau hollandais. Un sablé avec plein de beurre dedans sauf qu'ici c'est de l'huile de palme. En plus sec. On a testé les almond cookies, ceux que je préfère. Moelleux, melts in your mouth dit la boîte, c'est un peu ça. Les sésame-cahuètes, pas mal. Le pire c'était ceux au thé vert - a priori ceux qui m'intéressaient le plus. Erk erk erk. Très salé, presque un goût de poisson. La femme de ménage les a recupérés - elle adore. Elle vient en manger un ou deux la bouche ouverte en parlant entre deux nettoyages de salle bain et en mettant des miettes partout.
Je pleure en pensant aux financiers au thé vert maïcha. Reprends toi Sandra, reprends toi voyons!
Heureusement qu'il y a les cookies gingembre/orange enrobé de chocolat de chez Marks&Spencers. On se console comme on peut...

samedi 14 février 2009

Lessive...


Lave lave
Frotte frotte

Frotte frappe avec ton batoir

Laveuse du lavoir



Vous connaissez Pakita?
Je chante sa chanson tous les jours, au moins quatre fois par jour maintenant...

A chaque fois que je vais dans mon arrière cuisine j'ai ce vague sentiment qui remonte.. Quoi encore????? Ma belle-mère appelle ça le tonneau des Danaïdes ("c'est pas les Caraïbes plutôt?" me propose Aubin qui lit derrière mon épaule parce qu'il veut récupérer l'ordinateur (ça sera l'objet d'un autre post un de ces jours) - non mon chéri aux Caraïbes on bronze, on sirote des cocktails et on se la coule douce, le tonneau lui c'est du pur labeur, d'ailleurs moi je parle de mon rocher de Sisyphe - je ne sais pas ce qu'il y a comme lien entre la mythologie et la lessive? Peut être parce que ça remonte à loin loin? L'homme préhistorique remarquez s'en fichait pas mal ,je crois, ça devait bok-er sec dans l'echarpe du nouveau-né. Les selles jaunes d'or, les wawas, les fuites de maman, miaaaam. Sans compter les renversages de grenadine (Elvire), les traces d'herbes sur le short (Aubin) ou les chaussettes blanches à la plante de pied noire (Adèle qui court partout en chaussettes dans l'école). Et les machines d'ici qui LAVENT PAS!
Alors j'ai craqué, l'autre jour j'ai mis la première couche jetable à Lélé. Oui j'ai osé. J'avais pas plié les autres, et elles étaient tout au fond de la panière alors zut scrut j'ai mis une jetable. Bio-dégradable promis. Faudrait pas que je fasse ça trop souvent quand même... A 35 dollars le paquet de 39 couches (et surtout faut aller loin loin pour les acheter). Les couches locales s'appelle des Popo ou des Wee wees (je vous assure), elles sont en plastique (si si promis) et dedans y a du petrole en poudre (ok je rigole, euh non pas trop). Le cadeau le plus original qu'on ait fait à Lélé d'ailleurs c'était un paquet de couches. Mais comme mademoiselle avait des sérieux jambonneaux elle rentrait déjà plus dedans. Elvire s'en sert pour ces poupées. C'est pas plus mal.
Ce soir une amie très écolo me dit "mais tu es malade!! Trois gosses, un nourrisson allaité et des couches lavables! Tu attends encore deux mois et après tu les remets, sinon tu vas devenir dingue!"
Bon je crois qu'on va faire du 1/10 mixte... histoire d'avoir le temps de laver la seule et unique chemise de supermari pour ces jours de cours.
Je sais vous allez me dire mais quoi à Singapour on met un maillot de bain et un t-shirt, elle est où la lessive? Sauf que non. On transpiiiiire beaucoup. On se change beaucoup. Et quand le vent retombe y a rien qui sèche.

Pour les flemmardes y a un plan B ecolo à Singapour, venez c'est par là:
http://www.okoloco.com
(mais je préfère les www.naty.com)
Pour une discussion intéressante sur la soit disant viabilité écologique des jetables-biodégradables lire ici: http://blog.bolandbol.com/product-reviews/green-diapers-review/ et là http://daddytypes.com/2007/09/11/hey_nature_boy_where_you_planning_on_biodegrading_that_diaper.php

Pour acheter des couches lavables à Singapour, c'est ici: www.babehause.com (Contactez Abby de ma part, elle est très sympa). Par contre pas de systèmes couches+culotte ici - à se faire ramener d'Europe. Mais c'est long au séchage (j'ai des bambous exquises qui voient pas mal le sèche-linge ces jours-ci :-(

Allez 22h27, je vais étaler la dernière machine...






dimanche 8 février 2009

Let it go!



C'est mon mantra du moment...
Ca m'a bien servi aujourd'hui... première sortie précoce à six, à Parkway pour diverses raisons: 1/ trouver un photographe pour faire ze photo d'identité impossible du nouveau-né pour le passeport (bouche fermée, yeux ouverts, et pas l'ombre d'une main qui le tient... who makes these crazy rules???) 2/ trouver des chaussures pour Adèle et Elvire (la pluie, la poussière, ça use!) Au passage je cherche toujours des carrés de coton - visiblement les fesses de bb ici ne connaissent que les lingettes en lycra arrosées de pétrole euh pardon de Dettol... et des chaussettes blanches pour les filles. Bon bref je vous déballe ma petite liste de courses comme ça là mais c'est que je suis hyper frustrée. Pourquoi faut il faire soixante malls à Singapour avant de trouver LA chose? Et encore...
Donc:
-pas de chaussures noires en taille 33: soit c'est des petites tailles soit des tailles adultes du coup entre le 26 et le 36 y a rien! Comment se chaussent les enfants au milieu? Vaste mystère!
-pas de chaussettes blanches: soit pas la bonne taille soit des chaussettes de toutes les couleurs
-pas de photographe
-pas de grands carrés de coton

Respire... let it go
Respire... let it go


Non mais fallait le faire quand même, à six dans un taxi même pas fichu de conduire doucement, avec la petite dans l'écharpe (et moi stressée de pas pouvoir mettre la ceinture), les seins douloureux, je vous parle pas de mes fesses hein, ...

Et puis au passage, déjà bien énervée, après quinze magasins, je teste aussi la nursing room. Bon je fais un peu la fine bouche hein, en France c'est un concept inexistant (on allaite pas). A Singapour on trouve déjà dans les toilettes publiques un mini lavabo, une petite pissotière et une mini toilette côte à côte. Ici on pense aux enfants. Il y a aussi dans tous les grands malls la nursing room comprendre une pièce confortable pour allaiter en toute discrétion (histoire de pas voir des lolos à l'air partout, je crois que c'est surtout ça, prude comme ils sont!). A Tanglin Mall l'autre jour j'ai trouvé ça plutôt glauque (c'est pas loin des toilettes) mais à Parkway c'était encore pire: dans le couloir qui mène aux toilettes avec une porte coulissante. Au bout de six secondes et demie une responsable vient vérifier que je suis bien en train d'allaiter et non pas me couler une petite sieste sur le banc (c'est écrit en grand sur une pancarte). Ensuite échange culturel très intéressant avec une mère indienne. Elle ouvre la porte, s'excuse. Je lui dit de rentrer, qu'il y a de la place, que cela ne me gêne pas. Elle s'installe. Son regard tombe sur Eléonore. Oh mon dieu si petite!!!! Mais vous savez chez nous on ne sort pas avant au moins un mois!!! Et vous ne lui couvrez pas la tête? J'explique que dans l'echarpe elle est bien protégée et couverte. Elle me pose plein de question sur l'écharpe. Elle me parle du Bjorg qu'elle trouve trop compliqué. Je lui propose de trouver un sling. Elle est très intéressée. Je me lève pour changer Elé - et en plus des couches lavables!!! Ohlalala je vous admire! Quand je lui ai appris que j'avais trois autres enfants c'était le max - je passais pour une extra terrestre. Mais quel âge avez vous donc??(on me la fait à chaque fois celle-là!). Bref ce petit échange passionnant n'enlevait rien au décor et au bruit et aux odeurs émanant des toilettes. Je crois que je préfère encore aller me poser dans un café (enter le Dôme !!) que de traîner dans ces pseudo-boudoirs (si ce n'était pour ces échanges interculturels excitants!). Moi qui m'attendait au petit salon moquetté tout propret type Bon Marché, ...

jeudi 5 février 2009

Back to work!!

Aujourd'hui j'ai retrouvé mon boulot de full-time mom. Pendant deux mois j'ai pu profiter d'une aide inestimable (repas, bains, devoirs, jeux) mais voilà mes beaux-parents ont repris l'avion direction froid polaire hier soir et c'était ma première journée toute seule avec mes 4! Petit journal de bord: réveil vers 6h30 (après un réveil vers 23h puis 4h) - douche de bonne heure car visite d'un copine doula à 9h15. Benoît à préparé les grands pour l'école: ils prennent le bus scolaire aujourd'hui pour la première fois. Dans la journée j'allaite une bonne vingtaine de fois. J'essuie les bavouillis. Je change une dizaine de couches. Lavables. Que je rince puis mets à laver. Trois machines de vêtements aussi. Puis étaler. Remettre les inserts secs dans les couches. Ramasser des serviettes et doudous plats mouillés. Changer deux fois de t-shirt. Marcher longuement avec Eléonore dans les bras. Je déjeune devant l'ordinateur pendant qu'elle dort. C'est une journée calme, elle dort ou reste tranquillement à me regarder. La copine arrive vers midi finalement. On prend le thé, on discute une heure. La femme de ménage (thank goodness) arrive. Vers 16h le bus scolaire ramène les enfants. Là ça se corse nettement: goûter bordélique, mais pas de devoirs (ouf). Je fais une partie de Bal des Coccinelles avec Elvire, Eléonore se réveille. Re-tète, re-dort. Je fais un puzzle avec Elvire. Eléonore se réveille. Re-tète, re-dort, re-re-réveille. Elle sent que ça s'active autour. Je dialogue longuement pour qu'Aubin éteigne sa DS quand il me raconte sa journée. Elvire veut une sucette. On regarde les catalogues de livres Scolastic (système de livres achetés par les écoles qui renflouent les caisses de la bibliothèque). Je dialogue longuement pour que les enfants enlèvent leur chaussettes et les mettent dans la panière (pas par terre dans la chambre, pas par terre dans le salon, non pas sur le canapé nonplus dans la PANIERE-EU). Je dialogue longuement pour qu'ils prennent leur bain. Adèle veut prendre le bain avec Elvire parce qu'on a les "boules confettis peinture". Je ramène des serviettes. Eléonore toujours dans les bras commence à pleurer. J'allaite assise sur le lit d'Elvire. Aubin rentre dans la salle de bain, Adèle hurle, elle est toute nue. Aubin ricane. Elvire sort du bain trempée et vient dans la chambre (trace d'eau partout). Je l'envoie re-sdb se sécher. Adèle hurle encore (la porte est ouverte). Aubin veut regarder Narnia 2. La serviette d'Adèle est trop petite. Elle envoie valser toutes les serviettes par terre. Je demande à Aubin de mettre le couvert en attendant ("c'est pas moi c'est Adèle") Je passe devant la sdb d' Aubin: tapis dégoulinant, vêtements en boule par terre, papiers de bonbons collés au fond du lavabo. Je lui demande de venir ranger. Je prépare le bain d'Eléonore. Aujourd'hui elle a pas trop envie. Je la sèche, la rhabille (quatrième body de la journée). Ok pour Narnia - Eléonore veut bien un peu de Doomoo pendant que je Skype avec maman. Au bout de quinze minutes commence la tt marathon du soir. Entre 18h et 20h j'allaite. Je mange d'une main en tenant bb (Benoît a fait à manger thank goodness). Quand même dans la journée j'ai aussi réussi à lire cinq pages de mon livre Nurturing the Family (oui parce qu'en plus je reste dans le même thème) et mettre une crème de jour. A 20h01 je prend ma douche du soir. A 20h20 je dialogue longuement pour qu'Elvire rende le sac à main d'Adèle et pour qu'Adèle arrête de taper sur sa soeur à coup de doudou plat. Est ce que les cartables sont faits? Est ce que les gourdes sont sorties (non). Benoit gère le coucher pendant que je viens ici. J'ai le cerveau en compote. Et pourtant c'est que du bonheur. Même quand Elvire joue avec mes breastpads et les laisse dans la salle à manger et que Aubin marche dessus en hurlant "berkkkk c'est de-geuuuuu". Je lui demande de les mettre dans la panière. Nan jamais de la vie, berrrrkkkkk.

Mommy do you want a big hug or a small hug? Elvire
Mommy do you want a big kiss or a small kiss? Elvire
Salut mamounette, dort bien! Adèle
Allez tchô! Aubin

Carucho - et demain on recommence!
(je crois qu'il reste une Hoegaarden au fraîs....)

Twitter -eurk!

Chai pas vous mais moi ça me gonfle sec tweet! Je suis une nostalgique des belles lettres écrites à la main... Donc tout à fait d'accord avec ci-dessous - well said!

dimanche 1 février 2009

Accoucher à la maison


Je suis enfin prête à écrire ce post. Eléonore dort dans son hamac, je bois ma tisane Mommy's Milk, je ferme les yeux et je repense à mon accouchement. Je me suis gardée de parler de notre choix (accoucher à la maison) ici pendant toute la grossesse - et pourtant l'envie ne manquait pas. Je me suis aussi gardée de dire ouvertement que nous allions rester à la maison cette fois. Pas par lâcheté mais simplement parce que je voulais vivre cette attente sereine et ne pas commencer avec (parfois) de parfaits inconnus une discussion polémique sur le pour/contre de l'AAD. Je ne voulais pas non plus faire un blog militant mais ceux qui me connaissent savent que je chemine sur les voies de l'accouchement naturel depuis un moment et s'en sont doutés ;-)).
En fait si je réfléchis bien en 1997 déjà, quand j'attendais Aubin, je m'étais posé des questions. J'avais lu A Corps Consentant de Marie et Thérèse Bertherat - un livre sublime sur l'écoute du corps et je m'étais dit que je voulais accoucher comme ça. J'ai grandi dans un pays ou accoucher à la maison était parfaitement normal et où les femmes enceintes allaient en priorité voir une sage-femme. Jamais on ne parlait de gynéco, de peridurale. Mais j'avais 24 ans, je débarquais en France, le top en matière de soins en santé et je me suis laissée guidée par naiveté peut être, ignorance sûrement. J'étais aussi en DEA avec une forte tendance à intellectualiser tout (cela n'excuse rien mais a posteriori je ressens cela comme ça). La tête a pris le dessus. J'ai toujours été dans une attitude de "on verra bien", attitude qui ne mène à rien, aujourd'hui j'en suis persuadée. Une naissance ça se prépare. Même la quatrième fois.
Pour Aubin j'ai eu la totale: peri, oxyto, maxi-episio, poussée dirigée, bb en isolette les deux premières heures. J'ai réussi à l'allaiter six semaines tout de même. Et j'étais heureuse. Parce que tout c'était bien passé. Accouchement normal dit-on. Pas de pépin donc heureuse. Les suites de couches en HAD et donc sortie précoce. Avec le recul pour une primipare c'est totalement inacceptable. Maxi baby-blues et stressée en permanence de mal faire. La maladresse des premières fois multipliée par dix parce que je n'avais pas autour de moi tissé ce cercle de femmes si précieux et parce qu'on mettait tout en doute (vous allaitez toutes les trois heures? est ce qu'il fait ses nuits? vous êtes stréssée c'est pour ça qu'il fait de l'eczéma)
Il a fallu mûrir encore, deux autres naissances, toutes belles et sans pépin, la dernière toutefois vécu avec une certaine amertume, il a fallu que je sois meurtrie dans la chair et dans la tête par un chirugien boucher, il a fallu perdre un bb et une trompe pour que je me pose enfin les bonnes questions.
Cette fois j'étais en colère. Après la naisance d'Elvire (celle où je voulais encore rester à la maison et où on m'a ordonné de venir à la mater, celle ou j'ai bu en cachette, celle ou j'ai quand même eu la péri alors que je ne la voulais pas, celle ou j'ai pu avoir ma fille en peau à peau pendant deux heures) je me suis mis à chercher. Pourquoi traitait-on le corps des femmes avec autant de mépris? Pourquoi n'arrivait-on jamais à accoucher comme on voulait vraiment? Pourquoi ce silence pesant sur les fausses-couches? Pourquoi toutes ces femmes déprimées (1/4 des femmes souffrent de dépression post partum - chiffre non reconnu)? Et les bébés dans tout ça?
J'ai découvert le métier de doula. Un monde de femmes s'est ouvert à moi. Des femmes militantes, féministes, revendicatives. Des femmes puissantes que j'ai beaucoup admiré. Qui disaient tout haut ce que je pensais tout bas depuis si longtemps. Ma passion pour le monde de la naissance et les bébés y a trouvé tout son sens. Tout d'un coup mon métier de prof paru bien fade. D'un congrès à un autre, d'une formation à l'autre, je m'enhardis , je m'épanouis et ce que j'apprends me terrifie. Sommes-nous tombés si bas que nous ne voyons plus les réelles conditions dans lesquelles les femmes doivent donner la vie? Dans lesquelles les petits de l'homme naissent souvent dans un mépris total pour leur ressenti à eux?
Je ne commencerai pas ici la longue liste de mensonges et de non-dit autour de la grossesse et de l'accouchement.
Mais cette fois j'avais sous le bras mes dossiers, ma recherche, ma hardiesse, mon experience. J'avais un homme à mes côtés qui avait cheminé avec moi, écouté patiemment, acquisésé, dit que oui j'avais raison, et qui s'est senti suffisamment en sécurité, qui a bien voulu me faire confiance. Et curieusement j'avais entrepris de relire Bertherat.

Le déménagement à Singapour et la grossesse furent un obstacle majeur. J'avais imaginé accoucher à la maison avec mes soeurs-doulas françaises, et LA sage-femme géniale dont tout le monde parlait. Finalement j'ai eu mieux. Non seulement j'ai trouvé une sage-femme libérale qui pratiquait le domicile avec une grande experience mais aussi deux gynécologues-obstétriciens partant pour l' AAD. Et cerise sur le gâteau: une petite entreprise de doulas et d'éducatrices en périnatalité qui m'ont accueilli les bras ouvert et qui sont une à une venues former un cercle de soutien autour de moi. J'ai pu préparer mon AAD dans d'excellentes conditions et j'avais autour de moi une équipe de choc en qui j'avais toute confiance. Je ne me suis plus jamais posé la question d'un retour à la maternité.

Alors accoucher à la maison c'est comment?
J'étais tellement prête que je ne me suis finalement rendue à l'evidence que j'étais en train d'accoucher que très tard. Après les nombreux faux départs je me disais "mouais, ça peut encore s'arrêter".
Oui mais alors, c'était comment?
Je peine à trouver les mots, je vous assure.
Je n'ai pas eu le stress de prendre la route en voiture pour aller à la mater. Je n'ai pas eu à me faire examiner par deux ou trois parfaits inconnus. Pas de tv, pas de monito qui serre et qui foire toutes les trois minutes. Pas de machines qui font bip. Pas de prise de sang. Pas d'obligation à m'allonger sur le dos (qui a donc inventé ça hein?). Pas de chemise d'hôpital. Pas de perf. Pas d'inconnus qui rentrent et sortent de la pièce. Pas d'interdiction de manger ou de boire. Pas de peri.
J'ai eu la totale liberté de mouvement, mon canapé, mon homme. Mes bougies, mon obscurité. Ma salle de bain, mes femmes. J'ai mis mon bébé au monde sans que personne ne me dise quand ou comment pousser. J'ai pu la prendre contre moi tout de suite et on lui a fichu une paix royale. Pas de tubes en plastique, pas d'aspiration, pas frotté, tapoté, examiné, baigné. Pas habillé. La délivrance à duré plus d'une heure. En France j'aurais eu droit à l'injection d'oxyto voire la menace d'une délivrance manuelle ou sous AG. On m'a foutu une paix royale et le placenta est arrivé tout seul. Pas de cordon tiré, tripoté. Que d'infinie douceur et de respect. De silence, de regards. Regarder la nature faire. Elle sait faire, elle est faite pour faire. Et quand on la laisse faire, quand on cesse d'intervenir, finalement, elle nous le rend infiniment.

L'AAD n'est pas à la portée de tout le monde. Aujourd'hui je peux dire que c'était le bon choix pour moi. Je ne suis pas pour l'AAD pour tous mais je milite pour le choix. Je pense que chaque femme devrait pouvoir choisir: à la maison, en maison de naissance, à l'hôpital. Du moment que la femme et l'enfant sont écoutés, traités avec respect. Je remercie ma Terre-Mère de m'avoir fait vivre ce magnifique cadeau - un cadeau de vision et de lumière, de vie sacrée et d'authenticité intérieure retrouvée.