Il y a quelques mois je discutais avec une amie du pour/contre de certains vaccins et je disais en rigolant « Oulalala, accouchement à la maison, débat sur la vaccination, what’s next, Waldorf peut être ? » Elle éclata de rire. Ses enfants sont scolarisés à la petite école Waldorf pour les 3-6 ans ici à Singapour (dont la fondatrice a maintenant scolarisé ses enfants à Chatsworth, c’est bon signe me dis-je !).
Mais au fait qu’est ce que je savais de Waldorf ?
A vrai dire pas grand-chose. Ou du moins c’est ce que je constate après avoir fébrilement lu et épluché ces jours-ci.
Pour moi Waldorf c’était en vrac : le respect des rythmes et de la personnalité de l’enfant, la découverte et l’étude de la nature, la célébration des saisons, des chants, de la poésie, histoires, du tricot, du travail sur le bois, le tissu, travailler l’argile, l’eurythmie (danse), l’apprentissage des rythmes de la journée : le repas partagé (la table mise et décorée avec soin, le repas préparé ensemble), apprendre le nettoyage et le rangement. C’était aussi pas de télé, de DVD, d’ordinateur avant au moins sept ou huit ans. Les jouets proposés aux enfants ne sont pas des jouets classiques : pas de plastique mais uniquement des matières nobles : tissus, bois, laine, mais aussi glands, coquilles de noix, coquillages, galets… Beaucoup de poupées, de dînettes. Et des paniers remplis de branches, de morceaux de bois, de bouts de tissus, de cordes, de pince à linge. On incite les enfants à inventer leur propre monde, à découvrir le sens caché d’objets ordinaires. Un peu comme le maternage à la Loczy, on laisse le petit se développer à son aise (l’assise, la marche, etc ne sont pas encouragé tant que l’enfant n’a pas montré d’intérêt, il en va de même pour l’alimentation solide etc)
Et puis j’ai lu ce livre :
Beyond the Rainbow Bridge, Nurturing our children from Birth to Seven de Barbara J. Patterson et Pamela Bradley. Les écoles Waldorf organisent parfois des stages pour les parents et ce livre reprend 6 séances avec les Q/R des parents.
Tout d’un coup j’étais mal à l’aise et j’ai commencé à me poser beaucoup de questions.
-Pourquoi cet omniprésence des contes de Grimm ? Il y a des tonnes de livres pour enfants qui répondraient aux « normes » Waldorf, pourquoi se contenter de Grimm et du monde des elfes et des gnomes en rejetant tout le reste ?
-Pourquoi vouloir absolument répondre au non de l’enfant par le détournement de l’attention ? Le non n’est semble-t-il jamais écouté, jamais repecté pour ce qu’il est. On passe à autre chose, on amène l’enfant sur une autre activité sans lui poser de questions. L’enfant petit est d’ailleurs rarement sollicité pour donner son avis : il doit apprendre par imitation ou est laissé à son imagination (nourrie uniquement par Grimm ?). Les parents sont encouragés à ne pas donner de choix à leur enfants ("quel pull veux tu mettre aujourd’hui ?)" et de ne pas fournir d’explication après un « pourquoi » ("pourquoi est ce que la porte du bus s’ouvre toute seule?")
(je reprends des exemples donnés dans mes lectures)Ensuite de plus en plus de concepts que j’ai du mal à comprendre : les douze sens, le choix limité des couleurs, l’obsession avec la chaleur. Je suis mal à l’aise en écoutant des chansons type chantées en maternelle (voix sur-aigues) et je ne comprends pas pourquoi. Je commence donc à faire ma petite recherche sur le web et je découvre que Mr Steiner et son anthroposophie sont extrêmement obscurs. J’ai passé de nombreuses heures à lire toutes les critiques de la pédagogie que vous trouverez ici
http://www.waldorfcritics.org/active/concerns.html et les réponses waldorfiennes que vous trouverez par ex ici
http://www.waldorfanswers.org et là
http://www.whywaldorfworks.orgVery confusing tout cela. Quand je lis sur les blogs le nombre d’enfants violents (aucune intervention de l’enseignant), le racisme, la rigidité de certains enseignants, le fait que finalement pas grand monde ne comprend quelque chose à l’anthroposophie ni l’eurythmie….Et je passe sur un grand nombre de textes ahurissants du pédagogue du style :
“The use of the French language quite certainly corrupts the soul. The soul acquires nothing more than the possibility of clichés. Those who enthusiastically speak French transfer that to other languages. The French are also ruining what maintains their dead language, namely, their blood. The French are committing the terrible brutality of moving black people to Europe, but it works, in an even worse way, back on France. It has an enormous effect on the blood and the race and contributes considerably toward French decadence. The French as a race are reverting.”(Dans Faculty Meetings with R Steiner, p558-559)Ok c'etait dans les années '20 mais inquiétant non?
Ultimately ce qui importe peut être c’est comment faire confiance à une école dont on comprend si mal ou seulement partiellement les fondements, la pédagogie ? Remarquez me direz vous, les parents s’intéressent-ils à la pédagogie dans les autres écoles ? Ou sont-ils juste intéressés par le label ? Les parents savent-ils par exemple que les écoles Wadorf sont a priori religieuses ?
Waldorf est présenté comme ze alternative et surfe sur la vague du homeschooling (chiffres en hausse aux US) et la mode ecolo/simplicité volontaire. J’avoue que pour la maternelle c’est un mode d’éducation qui m'attire (mais depuis mes lectures je flippe un peu). Ca se corse nettement quand on arrive en primaire – accent sur les saga nordiques, (aryennes?) l’Antiquité (quid de la préhistoire, du Moyen Age ?), un enseignement ultra classique où l’enfant écrit ce qui est au tableau, très peu de marge pour la parole libre, pour les questions. Le cadre est me semble-t-il ultra archaïque, rigide et ne laisse pas beaucoup de place à la vie moderne (on écoute la harpe pas la radio!). Très peu de flexibilité par rapport à ce que les enfants peuvent connaître en dehors de l’école (et beaucoup d'immiscion dans la vie privée des parents: par exemple allaitement long et cododo ne sont pas apprécié)
En même temps, j’ai l’impression que beaucoup dépend des enseignants et des écoles, j’entends le pire et le meilleur, alors que penser ? Je suis gênée car je n’ai jamais mis les pieds dans une école Waldorf et je peux donc difficilement juger de ce qui est reproché sur le site de Plan. Mais tout cela me rend très très méfiante. A quel point les enseignants appliquent-ils vraiment à la lettre les écrits de Mr Steiner ? Quand on lit ceci on peut se poser des questions…
In extreme cases, spanking or slapping may be required. “Under certain circumstances it may be necessary to spank a child ... I have to admit that there are rowdies....” Slapping is generally not productive, Steiner said. But he allowed for the possibility that a teacher may feel compelled to administer a slap. In that case, the student should recognize the gravity of the action. “If you give them a slap, you should do it the way Dr. Schubert does ... There are physical slaps and astral [nonphysical] slaps. It doesn’t matter which one you give, but you cannot slap a child sentimentally.” “Astral” slaps may be preferable, but note that Steiner’s statement is quite different from what he could have said, such as: You must never slap a student, period.(idem p. 22 et 323)
http://sites.google.com/site/waldorfwatch/advice-for-parentsJ’ai contacté l’école Waldorf à Singapour pour ses ateliers de fabrication de jouets du jeudi ainsi que ses workshop sur l’art et une conférence en mai intitulée « Creative discipline » (déjà rien que ce terme! mais trop curieuse en même temps de savoir ce qu’ils mettent derrière surtout dans un pays comme Singapour !). J’espère pouvoir poser des questions et en apprendre un peu plus…
En attendant j'ai découvert le très chouette: