
Ca veut dire quoi l'insécurité quand tu manges à ta faim, que tu as des enfants heureux, que tu fais un boulot que tu aimes, que tu as une maison confortable, une piscine en bas de chez toi, du soleil toute l'année, des amis, une aide à domicile pas cher? Ca ne veut rien dire ... sinon que tout ça peut s'arrêter dans un mois, dans six mois, dans un an. Et que tu le sais, et que tu en es consciente à chaque instant. Qu'on est dans une petite bulle hors du réel ici - du moins le réel d'avant. Une petite bulle molle et chaude et tellement confortable qu'on s'y est habitué très vite, tellement vite qu'on ne sait même plus très bien quand c'était la dernière fois qu'on a lavé soit même le sol de la salle de bain, qu'on ne sait plus ce que c'est d'avoir vraiment froid, qu'on ne s'inquiète plus de savoir s'il y a de l'argent sur le compte, qu'on ne s'inquiète plus parce que la petite a de la fièvre et que demain la crèche ne pourra pas la prendre.
Ces derniers jours il était beaucoup question de la fin de la bulle - mais on pourrait très bien encore être là un moment.
Le fait de ne pas savoir me rend irritable, nerveuse, impatiente, énervée aussi avec ces petits égos assis derrière leur bureaux qui décident pour les autres, pour des familles entières.
De quel droit me dis-je. Et très vite me vient l'image de la golden bubble.
Et moi ici de quel droit est ce que je vis cette vie facile? de quel droit puis-je me plaindre quand juste au delà de la frontière, en Malaisie, des enfants de dix ans travaillent dans les champs, ne vont pas à l'école et parfois ont faim?
Parfois je me demande ce qui est arrivé à notre génération qu'on ait tous envie d'être ailleurs, de faire un métier qu'on aime et du coup de se faire des plans sur la comète pour y arriver, d'être toujours en train de courir, de se poser dix mille questions en permanence.
Steve Biddulph que j'ai été écouter la semaine dernière et qui m'a profondément touché disait qu'aujourd'hui on regarde nos enfants et on se dit "et si je vais tout foutre en l'air?".
C'est un peu ça - cette angoisse de perdre, de ne pas faire ce qu'il faut. Cette attente de la perfection. Comme s'il y avait un idéal, comme si quelqu'un avait déjà écrit le programme de nos vies et cette fatigue à essayer de le découvrir. Et si? et si?
Le programme c'est qu'il n'y a pas de programme.
Mon insécurité découle de mes rêves pour demain, d'avoir changé de boulot, de faire un boulot que j'aime et de savoir que ce boulot là je ne pourrais pas le faire partout dans le monde.
Mr Grémichon l'autre jour me disait ne pas vouloir regarder Flash Forward parce que "ça va encore être un truc qui dure pendant six saisons et ça va finir en c*uille". Et je lui ai répondu "mais c'est le voyage qui compte non?!". Et c'est peut être ce qu'il faudrait appliquer à notre périple ici aussi. Comment irons nous du point a au point b? Et toute cette inquiétude? Et si ça marche pas - aaah toujours devoir réussir?
Réussir quoi?
Alors non.
Savourez le voyage de chaque jour, mon homme, mes bébés, les naissances - regarder demain et se dire ok, ok, je n'en sais rien, mais si je me fais confiance, si j'arrête de courir vers un idéal, demain sera beau et bon où que je sois dans le monde. Demain sera bon parce que nous y serons ensemble.