dimanche 26 septembre 2010

Sage-femmerie

Semaine remplie jusqu'à rabords de petits coups de pieds de bébés, de mains posées, de regards, de sourires échangés, de mots que j'espère rassurant. A chaque fois on me fait confiance, et je ne sais pas toujours pourquoi. A chaque fois on me remercie. De ma présence, car je ne fais pas grand chose d'autre. Je pèse mes mots, mes silences. Je me répète comme un mantra humilité, simplicité, silence, rendre à la femme, au bébé, au père ce qui leur appartient. Je fais miroir, j'ouvre des voies, je parle d'autres possibles. Mes mains touchent, légèrement, un effleurement parfois, pour rester toujours celle qui est à côté et non en face (obstare)

Et pourtant, très souvent on me demande d'aller plus loin. Je ne compte plus le nombre de refus essuyés. Cela m'attriste et me frustre de ne pas pouvoir être la sage-femme pour elles dans ces moments là. Je sens toujours leur déception (je precise qu'ici il n'y a pas de sage-femmes)

Mais les choses changent peu à peu. Je dois encore m'ajuster à ce chemin emprunté qui sera visiblement celui de la patience. En attendant j'ai changé de lunettes. Au lieu de rester dans la frustration, l'attente de diplôme, j'ai décidé de mettre des mots nouveaux. Et comme vous le savez, tout commence par la façon de nommer les choses. Très bizarrement je ne me sens plus pareille, j'ai franchi une étape, comme soulagé d'un poids. Tout simplement en changeant l'angle d'analyse, le regard. Je suis désormais apprentie sage-femme, étudiante. J'ose peut être enfin le dire.
Comme un cadeau du ciel, certaines ont accepté de m'apprendre, de femme à femme, en attendant la validation d'un diplôme.

Socrates used to say that the wise women (midwives), on taking up the practise of making others give birth, abandon the practise of giving birth themselves

Serait-ce alors le temps de la femme sage? J'ai porté mes bébés, je n'en porterais sans doute plus. J'attends à présent de les accompagner encore un peu davantage, trop petits de voir leur mère partir sans cesse en pleine nuit. Pendant ce temps mes bouquins de cours seront mes amies et j'attendrais le temps qu'il faut. Tout cela paraît juste. Alors attendre oui, mais je n'attendrais plus les mains vides. Cette semaine des petits accessoires ont fait leur entrée dans ma maison - stéthoscope, sphygmomanomètre, et bientôt Pinard. Des cahiers, des nouveaux crayons, des stabilos. C'est ma rentrée à moi.

Reste à trouver l'équilibre éthique - il y aura le temps de la doula et le temps de l'élève sage-femme. Il va falloir mettre des casquettes très fluo.


samedi 11 septembre 2010

Vision

Trois semaines depuis la rentrée déjà, à peine le temps de respirer et une grosse envie de ralentir! Les bébés s'annoncent ça et là dans la plus grande joie (et la mienne). Les petites et grandes amitiés reprennent. Nous savourons nos weekends pour faire un peu plus de cuisine, lire, penser à l'avenir (plus qu'incertain) qui nous emmène toujours dans son courant malgré nous (discussions interminables) et nous faisons des listes...
Quand tout devient noir, je m'échappe sur Etsy Treasury pour regarder les jolies choses ce qui a le don de me calmer presque immédiatement (le souci c'est d'en ressortir). Des belles couleurs, des matières, des idées.

Suite à un petit défi personnel j'ai commencé mon "wall of vision" qui consiste à remplir un mur d'images faisant "tilt" sans vraiment savoir pourquoi. Les filles ont été fasciné par ce projet et se sont elles aussi jetées sur les revues traînant ça et là (coupant même dans mes Elle à Table non lu) et l'effet est assez bluffant. L'idée est de lever un coin du voile sur notre être intérieur et peut être, par simple évocation, une mise en abyme, de faire venir des choses que nous aimons dans notre avenir, simplement en les regardant tous les jours.

Loin d'être terminé, ce projet me surprend.
-Sur mon mur s'amoncèlent photos de nature, d'organique, d'eau, de vastes espaces, de femmes, d'art, de livres. Un ours polaire, une citation - cela prend forme tout doucement... C'est un excellent moyen de refaire surface après une confrontation douloureuse avec mes remous-(moults)- intérieurs. Tout y est calme, serein. Wow. Témoigne d'une grande maturité (?)
-Sur le mur d'Adèle beaucoup de paysages magnifiques, de couleurs, de nourriture (?), un 10 géant, des filles faisant du bricolage, les pièces d'une maison (Adèle a très fortement envie d'un espace rien qu'à elle) et tout est ordonné par catégorie (contrairement à l'aspect fouillé du mien). Je regarde son mur et je me dis "oui ça, c'est Adèle!"
-Elvire a découpé beaucoup de rouges, de rose, de paillettes, des chats, mais parfois aussi des morceaux assez intriguants comme cette femme triste. Je lui demande pourquoi elle a choisi cette photo et elle me répond du tac-à-tac: mais regarde maman, là sur son lit, il y a le même doudou que moi!
Belle leçon!
Il y a aussi des tartes de fruits rouges, des groseilles, des fraises, des petites filles habillées en rose, des chiens - un univers magique et pétillant de vie d'une petite fille de 5 ans.

J'ai l'impression de rentrer un peu dans leur cerveau - sensation étrange et privilégiée. Le projet avance, j'espère vous mettre des photos quand il sera terminé.
Sur nos listes d'autres projets...

-faire toutes les recettes de

-refaire un peu de couture (avec du voile de chez Anna Maria Horner - si c'était l'hiver j'aurais été tente par sa flanelle!)

-retourner au Bikram, mesurer mes capables, s'y tenir

-visiter Marina Bay Sands Skypark juste pour la vue, prendre des places au Dance Festival

-ranger un peu, classer

-faire imprimer des photos

-aller boire des pots avec des femmes formidables

-préparer une liste "à ramener de France" car oui oui un petit saut se profile pour moi à la fin du mois - 8 jours toute seule, une conf, une poignée de sage femmes extraordinaires et des amies pas vues depuis deux ans +

Mais avant ça - ce soir, un bbq, un clafoutis et donc 1 kilo de cerises à dénoyauter.