dimanche 12 décembre 2010

Away we go...










Réveil en sursaut à 3h du mat quand un cabbie a décidé d'ouvrir une entrée supplémentaire dans le condo d'en face. Le gars est passé à travers le mur et la grille et s'est arrêté juste devant l'immeuble. On a compté de longues secondes bouche bée devant notre fenêtre. La police du coin n'a pas accouru. Non non à chaque fois qu'il y a un accident ici (c'est déjà le énième d'une série, nous vivons dans un virage très dangeureux), les gars viennent tranquille pénard, les mains dans les poches. Heureusement, le cabbie est sorti indemne et il n'avait pas de passagers. Il n'y avait pas de piétons nonplus sur le trottoir - ce qui aurait pu! (je rappelle qu'il y a à peine quelques semaines un cabbie est aller se planter dans un mur sur Geylang et qu'il a écrasé sur sa route une touriste vietnamienne qui prenait un pot).

Essayons donc de nous rendormir après ça. Le cerveau s'est mis en route. On pense à la dernière semaine d'école. Il va falloir cuisiner des bananas breads, aller au Marché de Noel, envoyer les Santa Post (à l'heure!), aller au class parties. Cette semaine j'ai aussi mes propres cours - un vrai délice mais beaucoup de boulot, le Birth Talk for Kids. J'ai trois groupes particulièrement audacieux et bavards. Vendredi le dernier Milk Café et il y aura mes dernières visites postpartum avant notre départ le samedi soir pour la Tasmanie.
Et là c'est un peu la panique. Tout le monde me demande ce qu'on va faire làbas. Eh ben chai pas. Ce fut déjà laborieux de réserver des billets, trouver un campervan (et donc de vider notre comte en banque parce que boudiou c'est cher six billets pour aller au Down Down Under Beneath It All ). J'ai eu la lumineuse idée d'aller acheter des sacs mous parce qu'évidemment les valises à roulette le campervan aime pas trop. Aujourd'hui mon amie tasmanienne (une sage femme of course what else) me téléphone avec la dernière météo. Four seasons in one day darling me dit-elle. Vous avez des polaires et des jeans? Argh. Pendant que tout le monde est parti se baigner je déterre les pulls et longies, les pyjamas Ptit Ba*o en éponge, les chaussettes. Ca va cailler paraît. On est un peu inquiets. A six comme ça les uns sur les autres, 24h sur 24 dans un tout tout petit espace. En même temps après mes quatre jours de "cure" à Bali je suis impatiente de renifler le froid, la terre, les arbres, de contempler les grands espaces et d'emmener mes petits bouts au contact de la nature qui manque si cruellement ici (ben NON la jungle c'est pas pareil). Une petite pause qui nous fera beaucoup de bien j'espère - l'automne a été épuisant et nous sommes au carrefour de grandes décisions. So away we go...

mercredi 1 décembre 2010

Bali - saison 2 épisode 2


La nuit du dimanche au lundi (on s'est encore couché à pas d'heure après avoir refait le monde), je ne dors pas beaucoup. Vers 4h du mat un gros "SCHLAM" dans mes fenêtres. Je sursaute dans mon lit, mon coeur bat la chamade. Les vitres ne sont pas cassées, je ne vois rien et j'ai la flemme de me lever surtout que personne d'autre ne bouge. Je commence à imaginer des pythons se laissant tomber du toit ou que sais-je. Je ne dors plus. Et les grenouilles redoublent de croassements. A 6h15 après ma douche je rejoins tout le monde dehors devant le spectacle saisissant de l'arbre tombé juste devant ma fenêtre cette nuit. Un frangipanier tout pourri de l'intérieur. On inspecte par la même occasion les mares aux tétards et je prends un cours 101 de plantes aquatiques balinaises. Une heure plus tard on décolle pour la Green School.
Alors laissez moi vous dire la Green School c'est un peu l'école comme je l'aurais même pas imaginé dans mes plus beaux rêves... Et c'est peu dire... son fondateur est venu en parler sur TED l'autre jour



C'est une école extra-ordinaire, une école dans la jungle, où les classes n'ont pas de murs, où les chemins sont faits de pierres volcaniques, où les enfants sont dehors toute la journée. La merveilleuse architecture des structures en bambou a fait le tour du monde mais ce n'est pas tout. La Green School aspire à devenir complètement autonome. Elle recycle déjà les déchets organiques des toilettes en méthane pour la cuisine (QUE des toilettes sèches, même au jardin d'enfant OUI! ET CA MARCHE!). Chaque classe fait pousser des légumes, des fruits dans son jardin. Il y a des buffles, des cochons, des poules, des lapins, un petit sanctuaire pour des oiseaux balinais en voie de disparition. Les repas sont sains et servis avec lenteur, dégustés sur des tables communes pour les plus grands. Je fus toute ouïe. Heureusement que j'etais assise. Des enfants de l'âge de Aubin, habillés simplement (pas d'uniforme, pas de marques, pas de gadgets), parfois en dreads, discutent nourriture. "Pourquoi tu veux manger du poulet?". Un autre raconte une blague de scientifique auquel je n'ai rien compris. Le prof est assis avec eux et rigole aussi. Il parle d'un cocon de papillon trouvé ce matin dans le toit de la classe.
Toutes les classes sont rondes, les tables, les chaises aussi, les casiers en bambou ressemblent à des gros pigeonniers. Il y a une lumière magnifique et on entend au loin la cascade et la rivière. La "cour" de récré est un immense champs d'herbe, la salle de théatre ressemble à une demi case africaine. Il y a un "mud-pit" et les enfants viennent s'y défouler l'après midi. Il y a une aire de méditation autour d'un énorme quartz fumé. J'y ai passé quelques heures et je n'ai pas entendu de cris, de disputes. Vivre ensemble dehors, vivre en rond, vivre entouré d'éléments naturels a une profonde influence sur le corps et l'esprit. On le savait déjà mais cette école en est sans doute la plus frappante incarnation.

La Green School c'est aussi une école qui démarre et la pédagogie n'est sans doute pas encore à la hauteur de ses efforts verts. Ils attendent des candidatures. Mon amie est en train de mettre en place des activités sensorielles pour des enfants en difficulté. Mais ça bouge, ça fuse.
Et je m'y suis sentie étonnament chez moi. Like finally coming home...