Ce matin encore je vois une femme devant un taxi avec sa helper. Elle la bouscule pour rentrer dans le taxi, la helper, soumise, baisse la tête, se tient prostrée devant la porte. "Mais enfin ferme cette porte!" hurle-t-elle. "Rentre dans la voiture!!!" Le ton et l'intensité de l'échange en disent long sur ce que cette helper doit vivre au quotidien. Nous sommes bien dans l'esclavage moderne. Il n'y a que les Singapouriens pour vivre dans cette hypocrisie constante de la helper bien traitée.
Je n'ai jamais trop raconté que mes anciens voisins ont eu une helper pendant deux ans qu'ils n'ont jamais payé. La fille, ayant trop peur de se faire rapatrier et de ne plus retrouver un boulot après, a travaillé gratuitement (ou selon mes voisins "pour rembourser ses fraîs et son billet d'avion") tous les jours, de 6h du matin à tard le soir. Pas de dimanche, pas de vacances. Avec des enfants qui la traitaient comme un chien et même pas un téléphone pour rassurer les siens. Et je ne parlerai même pas de cette helper gifflée et secouée devant tout le monde dans la playground. Je me dis toujours que si les gens sont capables de violence telle en public, la situation derrière la porte close doit être cauchemardesque.
Ca fait trois ans que je tiens ce blog et je n'ai quasiment jamais parlé d'elle. La nôtre, de helper. Je m'y refuse, en fait, ayant trop souvent lu et entendu des récits choquants, navrant, racistes et discriminant. Le simple fait de reparler à des amis en France ou à la famille permet de comprendre le p***t*n de bol qu'on a. Et comment certains expats, à peine arrivés, passent vite dans la case bourreau.
Ca n'empêche que j'ai des sentiments très ambigus vis à vis de notre helper. Souvent partagée entre le "argh" et le "non hors de question, je ne dirais rien", et mon coeur qui saigne pour ceux qu'elle laisse labas. Mais je trouve ça indécent d'en parler. Cela me met extrêmement mal à l'aise.
Elle sort, elle a des activités à elle, sa vie privée dont je ne sais pas grand chose. Et c'est sans doute mieux comme ça. Je me refuse de parler des énervements, des petites choses pénibles parce que finalement remis en contexte tout est très relatif. Je m'interdis de râler pour la simple raison qu'elle a tout lâché pour venir ici, qu'elle gagne un salaire de misère et qu'elle est une mère qui a abandonné ces trois enfants à sa charge pour venir s'occuper des miens.
J'ai trouvé ce livre l'autre jour The Long Road Home Journeys of Indonesian Migrant Workers, un ouvrage fascinant, émouvant et qui vous met la boule au ventre, sur des femmes indonésiennes qui viennent travailler à Singapour. Tout en photos et accompagné de leurs récits, le livre permet de prendre conscience d'où elles viennent, la vie qu'elles mènent "làbas", de leurs enfants, leurs époux, leurs familles (je pense que celles qui viennent des Philippines sont sans doute dans des conditions très similaires). L'auteur est Sim Chi Yin, ancienne journaliste du Strait Times (je sais c'est pas un critère, je fais ma mauvaise langue), essayiste et photographe. Vous trouverez presque toutes les photos ici:
http://invisiblephotographer.asia/2011/10/22/invisibleinterview-longroadhome-simchiyin/
J'ai trouvé le ton très juste. Ca remet bien les choses à leurs places.
Je n'ai jamais trop raconté que mes anciens voisins ont eu une helper pendant deux ans qu'ils n'ont jamais payé. La fille, ayant trop peur de se faire rapatrier et de ne plus retrouver un boulot après, a travaillé gratuitement (ou selon mes voisins "pour rembourser ses fraîs et son billet d'avion") tous les jours, de 6h du matin à tard le soir. Pas de dimanche, pas de vacances. Avec des enfants qui la traitaient comme un chien et même pas un téléphone pour rassurer les siens. Et je ne parlerai même pas de cette helper gifflée et secouée devant tout le monde dans la playground. Je me dis toujours que si les gens sont capables de violence telle en public, la situation derrière la porte close doit être cauchemardesque.
Ca fait trois ans que je tiens ce blog et je n'ai quasiment jamais parlé d'elle. La nôtre, de helper. Je m'y refuse, en fait, ayant trop souvent lu et entendu des récits choquants, navrant, racistes et discriminant. Le simple fait de reparler à des amis en France ou à la famille permet de comprendre le p***t*n de bol qu'on a. Et comment certains expats, à peine arrivés, passent vite dans la case bourreau.
Ca n'empêche que j'ai des sentiments très ambigus vis à vis de notre helper. Souvent partagée entre le "argh" et le "non hors de question, je ne dirais rien", et mon coeur qui saigne pour ceux qu'elle laisse labas. Mais je trouve ça indécent d'en parler. Cela me met extrêmement mal à l'aise.
Elle sort, elle a des activités à elle, sa vie privée dont je ne sais pas grand chose. Et c'est sans doute mieux comme ça. Je me refuse de parler des énervements, des petites choses pénibles parce que finalement remis en contexte tout est très relatif. Je m'interdis de râler pour la simple raison qu'elle a tout lâché pour venir ici, qu'elle gagne un salaire de misère et qu'elle est une mère qui a abandonné ces trois enfants à sa charge pour venir s'occuper des miens.
J'ai trouvé ce livre l'autre jour The Long Road Home Journeys of Indonesian Migrant Workers, un ouvrage fascinant, émouvant et qui vous met la boule au ventre, sur des femmes indonésiennes qui viennent travailler à Singapour. Tout en photos et accompagné de leurs récits, le livre permet de prendre conscience d'où elles viennent, la vie qu'elles mènent "làbas", de leurs enfants, leurs époux, leurs familles (je pense que celles qui viennent des Philippines sont sans doute dans des conditions très similaires). L'auteur est Sim Chi Yin, ancienne journaliste du Strait Times (je sais c'est pas un critère, je fais ma mauvaise langue), essayiste et photographe. Vous trouverez presque toutes les photos ici:
http://invisiblephotographer.asia/2011/10/22/invisibleinterview-longroadhome-simchiyin/
J'ai trouvé le ton très juste. Ca remet bien les choses à leurs places.
