jeudi 24 novembre 2011

Helper

Ce matin encore je vois une femme devant un taxi avec sa helper. Elle la bouscule pour rentrer dans le taxi, la helper, soumise, baisse la tête, se tient prostrée devant la porte. "Mais enfin ferme cette porte!" hurle-t-elle. "Rentre dans la voiture!!!" Le ton et l'intensité de l'échange en disent long sur ce que cette helper doit vivre au quotidien. Nous sommes bien dans l'esclavage moderne. Il n'y a que les Singapouriens pour vivre dans cette hypocrisie constante de la helper bien traitée.
Je n'ai jamais trop raconté que mes anciens voisins ont eu une helper pendant deux ans qu'ils n'ont jamais payé. La fille, ayant trop peur de se faire rapatrier et de ne plus retrouver un boulot après, a travaillé gratuitement (ou selon mes voisins "pour rembourser ses fraîs et son billet d'avion") tous les jours, de 6h du matin à tard le soir. Pas de dimanche, pas de vacances. Avec des enfants qui la traitaient comme un chien et même pas un téléphone pour rassurer les siens. Et je ne parlerai même pas de cette helper gifflée et secouée devant tout le monde dans la playground. Je me dis toujours que si les gens sont capables de violence telle en public, la situation derrière la porte close doit être cauchemardesque.

Ca fait trois ans que je tiens ce blog et je n'ai quasiment jamais parlé d'elle. La nôtre, de helper. Je m'y refuse, en fait, ayant trop souvent lu et entendu des récits choquants, navrant, racistes et discriminant. Le simple fait de reparler à des amis en France ou à la famille permet de comprendre le p***t*n de bol qu'on a. Et comment certains expats, à peine arrivés, passent vite dans la case bourreau.

Ca n'empêche que j'ai des sentiments très ambigus vis à vis de notre helper. Souvent partagée entre le "argh" et le "non hors de question, je ne dirais rien", et mon coeur qui saigne pour ceux qu'elle laisse labas. Mais je trouve ça indécent d'en parler. Cela me met extrêmement mal à l'aise.

Elle sort, elle a des activités à elle, sa vie privée dont je ne sais pas grand chose. Et c'est sans doute mieux comme ça. Je me refuse de parler des énervements, des petites choses pénibles parce que finalement remis en contexte tout est très relatif. Je m'interdis de râler pour la simple raison qu'elle a tout lâché pour venir ici, qu'elle gagne un salaire de misère et qu'elle est une mère qui a abandonné ces trois enfants à sa charge pour venir s'occuper des miens.

J'ai trouvé ce livre l'autre jour The Long Road Home Journeys of Indonesian Migrant Workers, un ouvrage fascinant, émouvant et qui vous met la boule au ventre, sur des femmes indonésiennes qui viennent travailler à Singapour. Tout en photos et accompagné de leurs récits, le livre permet de prendre conscience d'où elles viennent, la vie qu'elles mènent "làbas", de leurs enfants, leurs époux, leurs familles (je pense que celles qui viennent des Philippines sont sans doute dans des conditions très similaires). L'auteur est Sim Chi Yin, ancienne journaliste du Strait Times (je sais c'est pas un critère, je fais ma mauvaise langue), essayiste et photographe. Vous trouverez presque toutes les photos ici:
http://invisiblephotographer.asia/2011/10/22/invisibleinterview-longroadhome-simchiyin/

J'ai trouvé le ton très juste. Ca remet bien les choses à leurs places.

mercredi 16 novembre 2011

New me

La !%$*ù# que je suis a tapé un truc et hopla envolée ma vieille mise en page - merci de patienter pendant que le blog se refait une beauté (lire pendant que j'essaie de comprendre comment ça marche ce nouvel interface) Vêtements temporaires. C'est pas encore ça... En construction ;-) (entre deux bébés)

dimanche 13 novembre 2011

La pause s'impose

Trois post depuis cet été, c'est lent lent sur le blog en ce moment...
C'est pas que je n'ai rien à vous raconter hein mais le temps file à toute vitesse et nous voilà déjà confronté aux premières notes de christmas carol, et les copines toutes paniquées qui se demandent si elles peuvent DEJA mettre l'arbre de Noel.

Singapour nous pousse à aller toujours plus vite.
Mon agenda ne desemplit pas et je lis avec compassion celui des autres (comme ma blog soeur)

Fort heureusement les bébés me ralentissent. Je me réveille en sursaut la nuit, je lis mes textos au fil des contractions, je cours chercher un taxi, j'avale vite un litre d'Emergen-C et une banane. Mais quand j'arrive interdiction formelle de se dépêcher. Interdiction de regarder sans cesse l'horloge.
C'est le temps de l'aube de la vie.
Et ce temps là impose le respect.
J'aime ce ralentissement. Les regards croisés, les sourires, les silences. J'aime entendre les premiers frissons, les premières vocalises.
Et on m'interroge sans cesse sur ce temps. "Encore longtemps tu crois?"
J'ai des intuitions mais ces intuitions fluctuent en fonction des interventions médicales ou parfois simplement un mot, un geste, une présence vient stopper le travail ou ralentir les contractions.
On oublie que le travail doit pouvoir se faire sans interruption, en toute confiance. On oublie que les flux hormonaux sont subtils, et que beaucoup dépend de l'environnement.
L'hôpital est un lieu d'urgence et de tableaux à maintenir rempli. C'est un lieu d'impatience, de stress. De mots rarement analysés, de paroles dites en l'air, trop souvent.

J'essaie de maintenir l'espace. Un espace qu'on pourrait dire domestique, propre, calme, tamisé, silencieux. Un espace où le temps s'oublie, où la femme peut lever le regard vers l'horloge et dire "déjà?"

Sur mon chemin à présent une pause s'impose.
Un curriculum profond comme l'océan vient d'atterir sur mon bureau - et avec des pages et des pages de lecture, des pages et des pages de devoirs à rendre, des pages et des pages d'etymologie.

Encore une naissance et mon sac s'en ira prendre un peu la poussière. Le temps de retrouver les miens en France et en Belgique, le temps de respirer le froid, les promenades hivernales.
Et puis enfin aller à ces expos loupées, ce marché de Noel, ce dejeuner avec cette copine et peut être qui sait monter enfin au Marina Bay Sands pour voir le futur jardin botanique d'en haut.
Mais surtout - et là je savoure déjà - ma première sortie culturelle depuis des lustres, Kevin Spacey dans Richard III, aaaah du bon, du solide, du comme on a trop peu à Singapour.
Les enfants demandent l'expo Titanic et je regarde d'un bon oeil les travaux pour le nouveau musée du côté de St Andrews. Il faut bien ça en cette saison pluvieuse!