mercredi 29 août 2012

Olongapo-Subic Bay (part 2)


Suspense! Arrivé à la rivière je roule mon pantalon trempé jusqu'aux aisselles et j'y vais. Pas de tergiversations (le tiers monde ça te rend un peu courageux des fois). L'eau m'arrive au milieu des fesses cette fois, j'essaie de rester au milieu, avec l'homme le plus costaud derrière moi okazou et hop! je passe. Ca, c'est fait.
Le dimanche nous avons droit à une pause bien méritée et nous allons au Oceans Adventure, mini parc marin où mes collègues vont nager avec des dauphins. Moi, j'ai vu The Cove, je boycott mais je ne veux pas faire ma chieuse. Je prend un mega coup de soleil en les regardant s'amuser avec les dauphins dans l'eau fraîche.
Le soir nous déménageons à Subic Bay pour notre semaine de cours qui s'annonce intense.
Et le même soir je fonds en larme - eh fallait bien que quelquechose lâche... Je suis séparée de mes enfants, de mon mari, de ma petite hutte, ma petite famille de canadiens qui fait pousser les Moringa, de la buée du matin, et même... de la rivière.

Je suis propulsée sur une plage, dans un hotel peuplé de couples tous formés sur le même modèle: lui anglophone, la soixantaine bien tapée (y avait même un Papy en chaise roulante aussi), elle jeune philippine de quoi.... douze ans? Suzi ma collègue me propose un toast sur la plage à notre semaine écoulée. Elle me remonte un peu le moral - on vient de vivre une semaine super difficile, et on se retrouve dans un resort (2 étoiles les filles vous excitez pas hein) avec piscine et une bande d'étudiantes de l'école de naturopathie. Je ne dors même plus avec mes collègues mais avec une petite jeune au corps canon qui se balade en bikini. Je me sens soudainement vieille vieille vieille. Mais le couché de soleil est magnifique. Subic Bay me drague. Subic Bay me colle déjà à la peau.

Nous entamons une semaine intensive de cours sur la Santé Maternelle et Infantile dans le monde, le métier de sage-femme bénévole dans les pays pauvres, la prise en charge intégrée des maladies de l'enfant et du nouveau-né (rapport accessible sur le site de l'OMS) et aussi préparation aux catastrophes (Disaster Preparedness Traning). Bref rien que ça. On nous annonce que le jeudi nous irons dans un autre bidonville donner des cours sur la santé - nous avons chacun un bouquin à lire avant jeudi (il reste donc un soir et deux jours argh). Les naturopathes sont super relax, normal ils ont vingt ans. Je suis tout de suite en mode passage du concours - eh on me refait pas hein (merci la France). Je me lève à 5h tous les matins pour lire lire lire. Café devant Subic Bay qui me fait un petit clin d'oeil au levé du jour.

Les cours s'enchaînent. Nous sommes tous relativement déprimés d'apprendre l'état de santé du monde et surtout des femmes et des enfants. Et on se rend compte que c'est pas des vaccins qu'il faut mais de l'eau propre. Oui la cause numéro un de mortalité chez les nourrissons c'est la diarrhée (pas la tuberculose ou la polio ou la diphterie ou le tetanos). Tout cet argent que Bill Gates investit sur UNE maladie ben franchement s'il le dépensait sur le combat contre l'eau croupie, il sauverait plus de monde... (mais c'est pas son but hein, bon je ferme la parenthèse).
Le jeudi approche à grands pas. Finalement on a tiré la carte "puppet show". Je dois préparer un petit sketch sur les bénéfices de l'allaitement avec des marionettes. A fabriquer soit même (première pensée: Merde j'aurais du amener des chaussettes! et un kit de couture!)
Les déjeuners sont passés à frénétiquement écrire un sketch pas trop niais, à dessiner des marionettes, à trouver du scotch double face (non mais jte jure), à demander à la serveuse (douze ans aussi, en mini jupe) la traduction de quelques mots.
Jeudi arrive. Le bidonville est le pire endroit que j'ai vu jusqu'à maintenant. Il couvre la zone juste devant la rivière (Caca, elle s'appelle la rivière, je vous laisse deviner pourquoi) à l'orée de la ville (jusque là nous étions à la campagne). Les enfants s'entassent par dizaine autour du camion. Ils sont pour la plupart, nus. Des enfants de l'âge des miens, 8 ans, 9 ans, nus. Leurs parents rient trop fort, les femmes manquent la plupart de leurs dents. Beaucoup de ventres gonflés de parasites et de maladies dermatologiques. Nous nous installons sous une tente prêtée par une autre association. Les murs autour se remplissent d'yeux curieux. Un petit groupe de femmes enceintes nous attend. Mes collègues vont se balader pour en motiver davantage. Je reste à installer le matériel pour les mesures d'hemoglobine et les vitamines à donner. Mes collègues reviennent toutes très pâles. Tu apprends à sourire comme eux. Tout ça est horrible mais tu souris, tu souris et tu parles gentiment à tout le monde et surtout tu montres pas qu'intérieurement tes tripes se tordent à voir la misère. Va falloir que j'apprenne...
Le show démarre. Nous passons en premier avec nos marionnettes enceintes et la discussion sur l'allaitement. Ca papote pas mal dans l'assemblée - je ne sais pas si les femmes écoutent, si ça les intéresse. Peu importe, nos quelques mots de tagalog marqués sur un bout de papier crée le silence " cheap, healthy, clean!" C'est terminé pour nous, on donne les marionnettes aux enfants. Suivent un petit sketch sur les premiers gestes en cas d'inondation (ça tombe bien, un mois plus tard toute la zone souffrira atrocement des inondations) et un autre sur la diarrhée. Il reste peu de temps, il faut commencer les consults.
Je suis au post hemoglobine. La technique est la suivante: je pique dans le doigts avec une toute petite aiguille, je presse une goutte de sang sur un papier buvard et je compare la couleur du sang à une échelle colorée qui me donne un chiffre. La queue s'allonge et je me dépêche. J'ai bien mis des gants (je me demande si je ferais pas mieux de les doubler tellement ils sont de mauvaise qualité), je désinfecte bien chaque fois, je préviens avant de piquer. La seule que je ne préviens pas et qui a pourtant les yeux rivés sur l'aiguille saute soudainement et me bouscule. L'aiguille qui vient de piquer son doigts vient piquer le mien. Et là, ben là, je vais pas très bien je vous le dit tout de suite. Mes collègues ne comprennent rien. Je pars en marmonnant, j'enlève mon gant, je fais saigner le doigt piqué. Je file voir la directrice du centre qui me regarde choquée. Quelques seconds passe et tout le monde s'active. Le protocole contamination est mis en place immédiatement. Une des sage-femme philippine ramène la dite maman (toute penaude) à la clinique pour un test HIV et Hep B. Pendant ce temps là je crois qu'on me renverse deux bouteilles de desinfectant sur la main. Vous savez quand votre champs de vision se rétrécit tout à coup en cas de gros stress? Eh bien c'était ça. C'était la fin de la journée de toute façon. Je n'ai plus vu les femmes, les enfants, les chiens, je n'ai plus senti les odeurs. Je voulais rentrer.
Quatre longues heures assise devant Subic Bay plus tard. Mes collègues restent près de moi jusqu'au coup de fil qui me permet à nouveau de respirer - tout est négatif.

Il reste un jour de cours sur les désastres et catastrophes naturelles - l'ambiance est bonne mais nous sommes déjà si tristes de voir la fin du séjour. Une de mes collègues a dit "I left a piece of my soul in that slum" - je crois que je peux en dire autant.
Un dernier dîner et nous voilà reparti sur Manille.
Pour moi ce n'est qu'un aurevoir puisque je reviens en novembre pour travailler en clinique cette fois. Sauf qu'au mois d'août il s'est mis à pleuvoir si fort que la rivière a débordé. L'eau est monté jusqu'au cou et les sage-femmes ont du se réfugier sur le toit chez les voisins. Aucune d'elle ne sait nager. La plupart des fournitures que nous avions apporté ont été détruites. En ce moment le toit menace de s'effondrer. Une des mamans que nous avions examiné au village est venu accoucher en plein milieu de l'inondation (avec 50cm d'eau dans la pièce). En principe la nouvelle clinique devrait être bientôt terminée... mais il manque des fonds.

J'espère de tout coeur que la nouvelle clinique resistera aux nombreux typhons et/ou inondations que la région connaît chaque année. En attendant je repense surtout à ma petite cabane sur la colline - un petit bout de nature qui permet d'oublier tout le reste...

Si vous avez des fournitures médicales à donner ou des livres (que nous revendrons lors d'une bourse aux livres pour l'asso) laissez-moi un petit mot.
Vous pouvez également directement faire une donation sur le site de Mercy In Action
Merci pour elles!

2 commentaires:

Sabbio a dit…

Les larmes montent, la gorge est serrée, pour ce que tu as vécu (le gros stress en particulier) mais, surtout, pour elles, pour eux tous, pour la vie dans ces bidonvilles, pour ces gamines de douze ans et ces vieux hommes, pour l'état de santé de la majorité de la population du monde, pour ces bébés innocents qui meurent faute d'eau propre... MAIS BORDEL JE LE SAIS BIEN TOUT ÇA MAIS LE RELIRE EST À CHAQUE FOIS INTOLÉRABLE!!!
Voilà, ça me fait cet effet est moi je lis, "vois" ça derrière mon écran alors que toi tu y as été... Je n'ose imaginer le ressenti!

(pour les livres, que/comment faut-il faire?)

Laura Raimondo a dit…

Hei, Iread it in one go... my heart is still thudding.
You are doing and amazing job ... here, in the WAY-TOO-MUCH civilised world and over there, in a world which lacks clean water and bridges over its brooks. I cannot stop thinking how important your "goutte d'eau" has been for everyone you have met in your path ...in both worlds!
Keep on going. And don't be afraid: I'm sure there are tons of angels ready to protect you from all the crazy needles and the recurring floods.
ti abbraccio,
Laura